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Les trois coups – Le journal du spectacle vivant, 5 novembre 2014
« D’amour déluge », de Marie Delmas et Benoît Théberge, Théâtre Eurydice à Plaisir

Odyssées amoureuses 
Entre théâtre et danse, « D’amour déluge » traite du mystère de l’amour. Une plongée dans les abysses de la passion, sa complexité, ses contradictions, et une vision lumineuse de ses dépassements. Sublime et inspiré !
Peut-on s’aimer au-delà du raisonnable ? D’amour déluge met en scène le couple dans tous ses états, depuis l’euphorie de la rencontre jusqu’à la déchirure de la séparation, en passant par la névrose conjugale ou la routine du quotidien. Cette immersion dans les profondeurs de la passion rend compte du trouble de la chair, donne corps aux rêves les plus débridés, témoigne aussi de ce qui reste après la fusion : le déluge. Loin d’être idyllique, cette vision est lucide sur la réalité, où aimer s’apparente plutôt à un combat (contre l’autre et contre ses peurs), à une résistance de tous les instants. Éclats d’une vie. Paradis artificiel.
Depuis la création de sa compagnie, Benoît Théberge mène une recherche exigeante sur le langage physique et le jeu d’acteur, ainsi que sur la danse contemporaine. Le désir d’écrire en duo avec Marie Delmas, actrice de la plupart de ses spectacles depuis 2002, est le fruit d’une intense collaboration artistique. Après Nous ne sommes pas séparés inspiré de la poésie d’Henry Bauchau, leur dernier opus met à nouveau en scène des corps dans des compositions oniriques. Mais cette fois-ci les mots appartiennent à un langage imaginaire, une langue venue du fond des âges. Ces auteurs ont inventé un ensemble de phonèmes hybrides. Toutefois, loin d’être abstraite, la pièce nous parle, car elle est enracinée dans le réel, adossée au plaisir des sens. Surtout, elle atteint ainsi une certaine universalité.

Récits immémoriaux
Puisant leur inspiration dans les mythes d’Adam et Ève ou de Pyrrha et Deucalion, Marie Delmas et Benoît Théberge détournent des lieux de culte et de mémoire pour en faire leur terrain de jeu, où se croisent Centaure, putain fabuleuse, amant délaissé, femme fécondée. Éros n’est pas loin. Les vibrations de Vénus parviennent jusqu’à nous. Mais où sommes-nous ? Pas au septième ciel ! Aux confins de la vie et de la mort, cette incessante quête d’amour semble asservie à une volonté supérieure énigmatique. Comme si la spiritualité était le seul rempart à la solitude. À moins que la solution ne soit dans le chant céleste de la maternité…
D’histoires millénaires découlent de nouveaux rites. Tout en fragments, entre genèse et fin du monde, noce divine et fête païenne, scène de copulation et de ménage, Marie Delmas et Benoît Théberge inventent leur propre mythologie. Leurs personnages traversent les espaces-temps, mais ces ultimes rendez-vous avec l’amour appartiennent bien à notre époque. Ici et maintenant. Entre attraction et répulsion, le spectateur est mis au défi de cette forme déroutante et fascinante à la fois où les corps se dénudent sans pudeur, où les âmes dansent sous nos yeux ébahis. Force des émotions. Expérience vivifiante.

De vibrantes incarnations
Ce que le théâtre dit ici, il le dit avec des mouvements, des silences et des non-dits. Autant de signaux d’une réalité complexe que seules les trajectoires humaines peuvent raconter. Ça pulse, ça palpite, sur le plateau. Quelle qualité de mouvement ! Au cœur de leur sujet, les interprètes saisissent à bras le corps le mystère de l’amour. Amour charnel ou sublimé, frontal ou renversant, la rencontre avec l’autre dérive vers des continents sensoriels rarement si bien explorés. Rendant la scène incandescente de leurs ébats, ils laissent des traces bien au-delà de leurs corps tantôt caressés, tantôt malmenés. D’emblée, ce qui frappe dans le travail de la compagnie 0, c’est effectivement la sensualité : les corps sculpturaux, les formes pleines ou creuses, le grain de la peau, une larme de poésie sur un sein…
Les scènes qui prennent aux tripes alternent avec des tableaux à la beauté sauvage où terre, eau, air, feu – évidemment – réenchantent le monde. Transportés ! Le mot est faible. Dans cet espace traversé de sons et d’images, le montage musical (Vivaldi, Arvo Pärt, Brian Eno, Takashi Kako, The Doors…) contribue aussi pour beaucoup à la qualité du voyage : extraordinaire que le Requiem de Mozart remixé avec Pump up the Jam de Technotronic !
Mieux qu’à Gif-sur-Yvette ou Jouy-en-Josas, Plaisir était une ville prédestinée pour recevoir D’amour déluge. Surtout, le Théâtre Eurydice a su prendre les risques de la création. L’accueil chaleureux réservé à cette première est de très bon augure pour la suite. Ce magnifique spectacle mérite de rencontrer un vaste public. 
Léna Martinelli

Les trois coups.com
Henry Bauchau (1913-1912) : un passeur d’espérance presque centenaire
Le metteur en scène Benoît Théberge, qui lui a consacré près de dix ans, a bien mis en valeur la puissance de cette œuvre. C’est à ce jour le seul à avoir éprouvé l’écriture de Bauchau, jusque dans sa chair, en créant quatre spectacles. Il a monté la pièce Prométhée enchaîné, adapté pour la scène Le cri d’Antigone, ensuite effectué un montage de poèmes et d’extraits de journaux (Nous ne sommes pas séparés), puis enfin créé la Sourde Oreille ou le Rêve de Freud. 
C’est précisément des passages de ces deux derniers spectacles qui ont été présentés à la Maison de la poésie, avec la comédienne Marie Delmas lisant Mandala pour un poème, un habile télescopage de sons et de sens, une fête païenne et sauvage qui jaillit en toute liberté dans un souffle. Benoît Théberge, quant à lui, a incarné l’écrivain, personnage principal de son plus long poème, le plus personnel aussi. Une traversée de l’intime et de ses étrangetés, à l’écoute de « la voie intérieure », qui donna merveilleusement à entendre la voix de Bauchau. Tout en profondeur. Avec pudeur. 
Léna Martinelli 

Evene   
Un mur à deux côtés qui fait office de rocher auquel Prométhée n’est pas enchaîné. Tel est le parti pris de Benoit Théberge dans sa très belle mise en scène de l’adaptation nouvelle d’Henry Bauchau du Prométhée enchaîné d’Eschyle. La performance physique des acteurs suspendus à ce mur éblouit autant qu’elle impressionne. Benoît Théberge et ses comédiens ont reçu une formation de danseurs et cela se voit. La danse “animale” du personnage d’Io, jetée dans une errance perpétuelle et transformée en génisse par Zeus après avoir été abusée par ce dernier est à cet égard exemplaire et fascine par sa violence. On renoue ici avec les origines de la tragédie grecque qui mêlait chant et danse. Une fois la lumière éteinte, le spectateur ne peut qu’être saisi par cette adaptation moderne et chorégraphiée du mythe, qui donne à voir et à entendre la révolte d’un titan face à l’absolutisme de Zeus. 
Laurence de Bourbon

Evene, rétrospective 2006
Coup de tête dans la culture. Prométhée enchaînée  au Théâtre du Lierre ont fait partie de ce qu’il ne fallait pas manquer cette année. 
Mikaël Demets

Mouvement.net
Ce spectacle, Nous ne sommes pas séparés a été l’un des temps fort du festival belge « Scènes à Seneffe », en Wallonie. (…) De son dernier recueil de poésie, Benoit Théberge extrait des poèmes flamboyants et des images fulgurantes que la scénographie met en valeur. (…)  Le travail dramaturgique   est  remarquable.  Quoi  de   plus juste  que présence du corps pour témoigner de l’absence ? (…) La matière palpite sur le plateau. Benoit Théberge nous donne à voir et à entendre le grain des mots. (…) Les images sont raffinées et l’approche infiniment sensible. (…)     le quotidien  côtoie le fantastique. C'est  dans  cet écart que le metteur en scène lit le réel de l’auteur, jouant avec subtilité de la tension onirique entre la gravité du propos et la virtuosité stylistique, la légèreté d’une situation et la pureté de sa poésie.
Benoit Théberge effectue une traversée du miroir qui touche en plein cœur. La forme audacieuse de ce spectacle permet au public de vivre une réelle expérience esthétique dans un espace traversé de sons et d’images. (…) Balisant les chemins qui mènent à cet auteur rare, le metteur en scène extrait toute la quintessence de son œuvre. Grâce aux mots portés par la voix, le verbe se fait chair. Et dans un monde transfiguré par l’acte poétique, l’énigme de la vie s’en trouve éclairée. Ici-bas. Tout d’ombres et de lumières.
Lena Missen

France Culture « Les vivants et les dieux »
Hormis la nudité, on est frappé par les accents mythiques de l’œuvre de Bauchau. 
Michel Cazenave

Froggydelight.com
Avec Nous ne sommes pas séparés, spectacle très exigeant et très maîtrisé, Benoit Théberge livre sans doute une clé pour aborder l'œuvre complexe qu'est la prose introspective et la poésie de l'espérance d'Henry Bauchau. Acteur et metteur en scène prônant la théorie de l’acteur organique, il opte pour une mise en espace singulière d’une intensité bouleversante et d’un esthétisme lumineux. A la parole, véhicule de l’écrit, il adjoint la dramaturgie du corps qui développe la quintessence du sens. 
M.M.

Le Point 
A partir du Journal et des poèmes d’Henry Bauchau, Benoit Théberge met en scène et interprète avec Marie Delmas un couple dont le dialogue se poursuit au-delà de la mort de la femme, à travers l’exploration des rêves et de l’inconscient du poète.
Valérie Marin La Meslée

Remue.net
Pas de complaisance. Un respect certain, une distance plongée dans l’inconscient rythment ce texte sensuel et mystique, essentiel. C’est par la danse que Benoit Théberge a choisi de mettre en scène ce texte important, mélanges de poèmes et de romans. 
Et quoi de mieux que la danse des mots pouvait évoquer le silence de l’absence ?
Constance Krebs

Froggydelight.com
La mise en scène intelligente, épurée et éclairée de Benoit Théberge, la superbe scénographie de Renaud de Fontainieu et les lumières de Philippe Lacombe assurent à l'œuvre d’Henry Bauchau une magnifique et exigeante transposition théâtrale. Grâce à son interprétation tout en finesse, Julie Deliquet est en symbiose exceptionnelle avec le texte, un texte éblouissant de limpidité et de profondeur. Marie Delmas transcende le personnage d'Antigone en la magnifiant dans une incarnation vibrante, donnant du corps au verbe (au sens premier du terme). Un corps de femme qui aime, qui souffre, qui lutte et qui danse. Un corps à la dramaturgie exceptionnelle. Incontestablement, voilà des talents qui portent le spectacle.
M.M.

Ouest France
Un an de travail collectif avec 30 jeunes artistes sous la férule du metteur en scène Benoit Théberge, pour une création « Terra incognita ». Il est indéniable que ce spectacle est le fruit d’une réflexion longue et intense… Par un savant mélange de cultures modernes et ancestrales… comment ne pas être touché par la gestuelle des danseurs, qui s’éveillent, par l’énergie des chants sortant de terre, la rythmique des djembés, la sensualité des lumières.

Journal régional Nantes-Poissy
Kafka m’a dit, superbe et ambitieux. De ce type de spectacle on ne sort pas accablé, mais bien au contraire décidé à demeurer vigilant sur sa propre vérité et ce que Kafka m’a dit, le spectateur s’en souviendra.

Les Saisons de la danse
Les trois veilleuses de Pessoa, qui nous plongent dans le monde ténébreux des âmes oscillent entre ce qui est la vie, ce qui ne l’est plus et ce qui est en passe d’atteindre l’au-delà. Le rythme, une mélopée lente des corps, leur accordent une suspension constante.
E.D.

Paris Nord - Est
Un « Quai Ouest » noir et poignant. Koltès nous dit que l’espoir est dans les mots seuls, la communication, l’affrontement dynamique. Quai Ouest résume tous les lieux. Il est le théâtre du monde. Théberge conduit avec sensibilité et force cette pièce sans concession, joué par d’excellents comédiens.
Philippe Thireau

Külnische Rundschau (Cologne)
Dans Ecchymoses, les personnages font leurs adieux au territoire et tant que demeure l’espoir d’y trouver encore quelque chose de réconfortant, ils s’accordent à leurs rêves encore vivants dans leur mémoire et cela devient tragique. Cet état d’esprit m’a évoqué En attendant Godot de Beckett. Les acteurs signent ici une interprétation riche autant sur le plan de l’expression du corps que du jeu d’acteur.
Elke Schneider

Radio France (Vaucluse)
A la fois drôle et expérimental, Tilt explore de nouvelles contrées à la recherche de grincements ignorés de rires et de sourires. Tilt est un spectacle à voir pour vérifier que l’expérimental peut être humoristique.
Michel Flandrin

La Croix
Une drôle d’Espèce avec ses habitudes hors de notre temps et quelques-uns de nos tics d’humains. Dans un décor de fresques bistrées, les deux Jacques partent à la conquête de l’unique Lyne, et l’on s’attache à ses personnages drolatiques.
P.- M. D

De Volkskrant (Amsterdam)
La force de leur théâtre réside dans les scènes poétiques où rayonne un sens de l’humour très subtil.
Hanny Alkema

Dziennik Baltychi (Pologne)
Les acteurs du Zéro Théâtre montrent une rare aisance corporelle et une compréhension approfondie du jeu de l’acteur. C’est Benoit Théberge qui m’a le plus impressionné en raison de sa haute faculté de comique; il m’a évoqué le grand mime français Barrault.
A.J.

Kartner Tageszeitung (Autriche)
Le jeu des comédiens, les images, l’humour, à tous les instants le public était enthousiasmé.
Adolf Lex

Hamburger Rundschau (RFA)
La créativité ressemble à l’illusion, et pourtant un langage a été trouvé.
Hilke Holinka

Frankfurter Rundschau (RFA)
Des acteurs dont le jeu s’appuie sur une maîtrise parfaite du corps et sur un sens subtil de l’observation