P  r  o  j  e  t  s    d e    c  r  é  a  t  i  o  n



Le Rêve

d’Etienne


Ecriture et mise en scène
Benoit Théberge
Interprétation 
Marie Delmas et Benoit Théberge
Assistante à la mise en scène
Marie Delmas 
Lumière 
Philippe Lacombe
Dramaturgie
En cours de distribution
Résidence de création
au Sokhamon à Dakar
Production Compagnie O


Étienne Decroux a consacré toute sa vie à la conception d’un théâtre physique. Un de ses anciens élèves, l’auteur et metteur en scène Benoit Théberge, puise son inspiration, pour son prochain spectacle, dans son itinéraire personnel et les piliers de sa démarche pour composer une histoire toute en sensibilité autour de cette figure majeure de l’art dramatique. Ainsi, Le Rêve d’Étienne s’incarne à partir d’un journal de bord d’un acteur, autant de fragments qui restituent les temps forts de cette quête artistique mais aussi profondément humaine. Vibrant hommage à l’homme créateur que fut Decroux, cette création est donc aussi un passionnant témoignage sur l’évolution actuelle du théâtre.

Origine du projet
Étienne Decroux (1898-1991), acteur, metteur en scène et créateur du mime corporel, est l’une des grandes figures du XXIe siècle qui a marqué de son empreinte toute une génération d’artistes (Jean-Louis Barrault, Grotowski, Bob Wilson...). Il s’est associé dans un premier temps avec Jean-Louis Barrault pour élaborer un art du mouvement propre à l’acteur, mais c’est surtout en solitaire, puis au sein de son école qu’il crée les fondements d’un nouveau théâtre.
Une démarche vouée à la conception d’un théâtre du corps, du mouvement mais dont l’ambition à long terme était de réincorporer la langue dans le processus de création : « Je mourrai jeune au pied du grand projet », déclare-t-il dans son livre Parole sur le mime. Il pressentait alors qu’il était encore dans la force de l’âge, qu’il n’aurait pas assez d’une vie pour achever son œuvre.

Benoit Théberge a commencé à apprendre le mime corporel en 1977 dans les sous-sols d’une église à l’ouest de Montréal. Deux acteurs de la compagnie Omnibus, dirigée par Denise Boulanger et Jean Asselin (anciens assistants de Decroux), y donnaient des cours réguliers. Ces deux excellents pédagogues lui ont fait découvrir la richesse et la complexité de cette technique et l’ont encouragé à poursuivre ses études à l’École d’Étienne Decroux, à Paris.

Doté d’une solide formation de base, il fut admis rapidement dans sa classe supérieure. Ces années de pratique et d’études auprès du maître ont été intenses sur l’apprentissage de cette langue du corps. Elles ont été aussi fructueuses sur le plan de la compréhension du mime corporel, car la genèse de l’art decrousien s’appuie sur une critique sévère du théâtre occidental, critique essentielle pour saisir la radicalité de sa conception du jeu d’acteur.

Un soir, à la sortie des cours, le maître a invité son élève dans le salon de sa maison à Boulogne Billancourt pour lire des textes de Corneille. Longtemps, Benoit Théberge s’est demandé pourquoi Decroux avait voulu partager avec lui sa passion pour la littérature. Avait-il pressenti que l’élève appliqué, voir perfectionniste qu’il était, avait pour projet, non pas de devenir un mime professionnel, mais d’apporter sa pierre à l’édifice de ce théâtre de l’avenir ? « Faire confiance aux intuitions, c’est dans ma nature, alors j’aime imaginer qu’il avait perçu en moi la volonté de poursuivre son œuvre », témoigne-t-il.

Decroux voyait le mime corporel comme une étape essentielle dans la construction de l’art de l’acteur, mais comme il le dit dans Parole sur le mime, un jour des auteurs s’intéresseront peut-être à cet art du théâtre et produiront des histoires en s’appuyant essentiellement sur la créativité de l’acteur. Mais fallait-il encore que le mime corporel trouve la juste « voie » pour se mettre à parler !

Le Rêve d’Étienne évoque, sous forme poétique, sa quête artistique pour mettre en lumière la radicalité de sa démarche souvent méconnue ou mal comprise.

Le spectacle s’apparente à un journal de bord d’un acteur decrousien qui restitue les différentes phases d’évolution de sa pratique du jeu et ses interrogations sur le devenir de son art. De la genèse d’un corps, nous assistons à l’émergence du langage corporel, puis à la naissance de la parole. Le texte est un mosaïque d’extraits de grands classiques, mais aussi de poésies contemporaines.

Tout en fragments, le récit s’appuie sur le jeu des contrastes, entre quotidien et rêve, doutes et convictions, détachement et passion. Toutefois, loin d’être abstraite, l’écriture est enracinée dans le réel, adossée au plaisir des sens et à la force du geste. Puisant son inspiration dans l’espace d’un itinéraire personnel, l’auteur metteur en scène, Benoit Théberge compose une dramaturgie du corps qui relie l’intime à l’universel, qui crée des ponts entre la réalité et la mythologie.

Démarches
Le langage élaboré par Decroux est une mécanique de précision dans la mise en mouvement du corps et l’interprétation d’une action dramatique ou d’une émotion. Ses interprètes n’acquièrent leur pleine maturité qu’au terme d’un long entraînement comparable à celle d’un danseur de haut niveau. Cet art, dont l’unique moyen d’expression est le corps de l’acteur, est en soi une réponse concrète et pragmatique à ceux qui ont remis en question le théâtre conventionnel, en particulier Antonin Artaud et son Théâtre de la Cruauté, qui percevait l’acteur comme un « athlète affectif ».

Intéressé par cette démarche, Benoit Théberge a décroché une bourse du Conseil des Arts du Canada afin de poursuivre ses études à l’École Decroux. Parallèlement, il a rejoint le groupe d’une vingtaine d’élèves multiculturels qui suivaient les cours d’Yves Lebreton, aussi ancien élève, mais d’une ancienne génération. Autre voie royale pour explorer la liberté dans l’introspection du corps et de sa richesse intérieure.

Yves Lebreton s’inscrit effectivement dans la continuité de la recherche de Decroux, mais son approche marque un tournant dans l’évolution du mime corporel, dans la mesure où l’expression vocale, est omniprésente dans sa pédagogie. Celle-ci est déterminante car elle ouvre une perspective quant au retour de l’interprétation du texte.
Son enseignement est un travail en profondeur sur le processus organique du mouvement, les différentes énergies, le corps-pensée, le dialogue corporel, la voix et les improvisations. Sa pratique du jeu d’acteur relie de manière organique les éléments structurels du mime corporel aux forces vives et imaginaire de l’acteur.

« Après avoir franchi l’océan Atlantique pour étudier le mime corporel en France, il me fallait désormais traverser l’océan intérieur pour tracer mon propre chemin. Au cours de 35 années de création, de recherche et d’enseignement, j’ai donc eu à cœur de poursuivre le rêve de mon maître, en développant le concept de la dramaturgie du corps, qui relie le mouvement au verbe. Cette pièce rend hommage à l’homme créateur, mais elle est aussi aussi un témoignage sur son œuvre », explique BT.