P  r  o  j  e  t  s    d e    c  r  é  a  t  i  o  n


Odyssée, dernier chant
de Jean-Pierre Siméon


Mise en scène  
Benoit Théberge et Marie Delmas Dramaturgie Francine Alepin
Scénographie et lumières 
Benoit Théberge 
Costumes Marie Delmas
Régisseur  Fabio Fainelli 
Comédiens Marie Delmas, Benoit Théberge - en cours de distribution
Chargée de communication  
Sarah Meneghello  
Production  Compagnie O


Synopsis
Quelques années se sont passées depuis le retour d’Ulysse à Ithaque. Il a repris le pouvoir politique de son pays et le temps des questions est venu après ces années de paix. Pour savoir et comprendre ce monde plus étranger à lui que celui des guerres et de l’action, Ulysse reprend son voyage et se rend aux Enfers. Il vient consulter Tirésias pour connaître l’avenir d’Ithaque, mais aussi pour savoir si Pénélope le trompe. Par malheur, il a bu l’eau de l’Achéron, le fleuve des morts, et le froid s’empare de lui. Il rencontre  une jeune femme, une ombre, lien mystérieux entre deux mondes : celui des vivants et des morts. »
Editions : Les solitaires intempestifs

Ultime voyage
Personnage célèbre de la mythologie, Ulysse est reconnu pour sa pugnacité et son intelligence à vaincre les pires  adversaires. Les récits de la guerre de Troie et de l’Odyssée chantent les exploits de ses batailles et de ses ‘performances’, dont les faits et gestes témoignent de sa capacité à traverser des épreuves hors du commun. Le voyage que nous propose Jean-Pierre Siméon est son dernier chant, son dernier combat mais cette fois-ci, l’ennemi qu’il affronte n’est autre que de lui-même. Dépressif et obsédé par son avenir politique et la fidélité de son épouse Pénélope, le héros avance en titubant dans les couloirs de la mort à la recherche de Tirésias, le célèbre devin aveugle, pour tenter de trouver des réponses.

L’hôte des Enfers est accueilli par deux entités surnaturelles à l’apparence humaine, Euméos, le gardien des limites, pastiche du surveillant revanchard bien embarrassé par cet homme qui semble pouvoir résister à la mort et une ombre (le Chœur), jeune femme au pouvoir énigmatique et aux charmes irrésistibles dont la langue, d’une lucidité extrême sur le genre humain, ébranle les convictions d’Ulysse, met à rude épreuve son tempérament de battant. Mais le roi d’Ithaque, fort de son expérience des mondes parallèles, est bien décidé à aller jusqu’au bout de sa quête.
Le temps presse, car son corps intoxiqué par les eaux de l’Achéron s’affaiblit rapidement et la souffrance devient insupportable. Il supplie l’Ombre féminine de faire venir Tirésias pour l’interroger sur son futur mais ce dernier est retenu dans les caves de Hadès pour cause de folie. Qu’à cela ne tienne ! Les deux entités infernales ont en commun de prendre du plaisir à se jouer des vivants. L’ombre féminine imagine un stratagème pour rassasier sa curiosité : qu’est-ce qui peut bien motiver un être humain en pleine possession de ses moyens et de sa gloire pour mettre ainsi sa vie en péril ?

QuÊ te de vÉ ritÉ
Euméos endosse le costume d’un Tirésias survolté et trompe la vigilance d’Ulysse. Sa vision apocalyptique du monde dont Ithaque ne pourra pas échapper le terrifie tout en le faisant douter de la bonne foi de ce voyant mortifère.  Alors que le faux Tirésias délire sur la fin de son royaume et de l’espèce humaine, rejetant la faute sur Ulysse alors que ce dernier accuse son peuple, le héros insiste pour savoir s’il a raison de douter de la loyauté et de la fidélité de son épouse, révélant ainsi sa plus intime fracture intérieure, il sera bien servit. Tirésias lui prédit des jours ténébreux ; Ulysse roi vaniteux et époux trompé par une épouse nymphomane et vengeresse. Si les ombres se réjouissent de cette comédie noire, Ulysse en revanche, découvrant qu’il a été dupé, crie à l’imposture et sombre dans la désespérance. La mort qui le ronge de l’intérieur semble maintenant inéluctable.

Alors que le héros de l’Odyssée tente en vain un dernier sursaut homérique pour échapper aux Enfers, l’Ombre féminine s’attèle à le mettre à l’épreuve du réel, à faire tomber son armure de dirigeant bravache et d’amoureux mélancolique afin de le faire accoucher de ce qu’il est au plus profond de lui-même. Ulysse cède à la force de persuasion de l’Ombre féminine, avouant son désamour pour Pénélope, ses angoisses et ses pulsions suicidaires. S’accrochant à la vie tel un homme ordinaire, il implore l’Ombre féminine de l’aider à sortir de ce cauchemar. Seulement, son désir de retrouver la terre ferme dépend désormais de la volonté du dieu des Enfers.
Hadès fait entendre sa voix inflexible et ses révélations sont implacables. Depuis son départ d’Ithaque, son pouvoir a été usurpé par un homme aux méthodes pour le moins radicales qui a égorgé, de ses propres mains, Pénélope et son fils. Sa sentence est compatissante à l’égard de son désir de vivre, mais sévère sur les conditions de sa future existence. Ne pouvant plus retourner dans son pays natal, celui-ci est condamné à l’exil sur la terre brûlée d’une île où, jadis il abandonna son ami Philoctète. Sachant à présent ce que coûte une mort, Ulysse va sans regret vers une nouvelle vie. Sans arme, sans pouvoir, sans gloire, il lui reste désormais une seule ambition : se réconcilier avec les joies simples de la terre.

Le mythe du hÉ ros
Dans une langue à la fois triviale et fulgurante, Jean-Pierre Siméon met en abîme la condition humaine en disséquant ses chimères, ses divagations et contradictions. Son écriture, sur le fil de la comédie et de la tragédie, tisse une dramaturgie transgressive du héros contemporain en déconstruisant la figure masculine du pouvoir associée à la virilité. Ici, la mécanique de la cruauté est
poussée à l’extrême jusqu’à infuser une part comique à la gravité de la situation. L’arrogance d’Ulysse est mise à mal par l’Ombre féminine qui s’amuse à la tourner en dérision. Le cynisme avec lequel elle s’acharne à le ramener à sa condition d’humain vulnérable et dépendant des autres ne fait qu’exacerber son attitude supérieure et son orgueil d’homme infaillible. Dialogue de sourd à la fois grotesque et pitoyable qui s’apparente à un combat entre deux états de conscience. Sa méfiance absolue envers les humains, son délire de persécution et son caractère présomptueux font d’Ulysse un paranoïaque et un narcissique en puissance.
Odyssée, dernier chant est une thérapie de choc, certes effrayante et amer mais aussi profondément humaine et spirituelle. L’homme, confronté à ses démons et à la perte de sens, y apprend à faire preuve de lucidité, d’humilité, de douceur pour revenir à l’originel.

Le rapport au corps
Odyssée, dernier chant, est probablement la pièce la plus exigeante de Siméon sur le plan de la mise en scène des corps, car elle interroge la représentation du non vivant. Une problématique récurrente  dans l’histoire du théâtre qui a parfois servit  de détonateur pour repenser le langage de l’acteur.
Or, ce travail sur le corps, c’est précisément l’axe de recherche de la compagnie dont le travail d’interprétation s’appuie sur une dramaturgie du corps. Celle-ci exige des acteurs non seulement une maîtrise du langage corporel mais aussi une capacité à relier dans une même pratique, l’expression vocale et corporelle. Ce texte représente donc un terrain fertile pour mettre en perspective notre démarche artistique.
Ainsi, comment réaliser la présence d’un fantôme ? Comment faire exister l’Ombre féminine lorsqu’elle dit : Je vois, j’entends, je ris, je compatis et je parle. ? Le parti pris de la direction d’acteur est de faire parler l’Ombre à travers tout son corps, (des émetteurs fixées sous ses vêtements diffusent son texte pré enregistré) comme si elle avait la faculté de faire entendre sa voix sans ouvrir la bouche par la seule force de sa présence et  de ses résonnances gestuelles. Ce qui permet de créer un assemblage singulier du corps et de la voix, de creuser la matière de ses mouvements, de produire une esthétique du langage qui dépasse les limites de l’entendement, rendant ainsi visible ce que nous pensons comme invisible : Je ne suis qu’une apparence que la lumière d’en haut dissipera aussitôt.
Malgré son statut de non vivant, l’Ombre féminine porte en elle, les traces nostalgiques d’une vie antérieure. Certaines répliques le laissent entendre : J’ai vu les guerres et j’ai embrassé les guerriers. Ce qui pourrait justifier sa fébrilité presque trop humaine.

Qu’en est-il de Euméos qui est aussi un non vivant ? Contrairement à l’Ombre féminine, il s’exprime comme un vivant tandis son corps est presque inanimé. Contrairement aux mouvements fluides et impulsifs de l’Ombre féminine, sa manière de bouger est limitée au strict nécessaire,  lenteur et raideur sont les seules qualités qui animent ses gestes. Sauf lorsqu’il se met à faire l’acteur en jouant Tirésias, ses  mouvements deviennent alors exubérants, électriques et inventifs.
Ce qui unit les deux ombres, c’est leur familiarité avec la mort mais leurs grades de serviteur de l’Enfer ne sont pas du même échelon. Comme une grande sœur qui aurait l’ascendant sur son petit frère, un peu engourdi, elle dirige l’action, impose sa stature de grande prêtresse des dieux, alors qu’Euméos est un subalterne réduit au rôle d’exécutant. Leur relation prête à rire car elle a quelques ressemblances avec le Clown blanc et l’Auguste. À ce jeu de rôle, Euméos sait parfois être habile, à la fois facétieux et pince sans rire.

En contraste avec les non vivants, Ulysse est prisonnier d’un corps en souffrance. Métaphore de la condition humaine ? De chair et d’os, il saigne, s’essouffle, transpire, éructe, gémit, il se dégage de
sa présence une animalité, une densité nerveuse prête à bondir à tout moment. Mais les eaux noires du fleuve de l’Achéron qu’il a bu se propage dans ses veines, sécrète son poison, altérant gravement ses capacités physiologiques. Suivant l’évolution de la pièce, ses mouvements deviennent de plus en plus chaotiques : Regarde j’ai des mains de bois et  les muscles tendus comme la corde d’un arc merde. Ça fait dans le ventre un nœud de glace ou un serpent froid qui noue la tripe. Son état de dégénérescence crée une tension dramatique croissante, une mise en abîme du traumatisme que rien ne semble pourvoir arrêter.
Comment exposer un corps meurtri, atrophié, un homme à l’agonie sans tomber dans une sorte de réalisme plat ? Ce qui est intéressant c’est de transposer ces violences physiques en un langage, une forme esthétique qui explore le corps dans tous ces états : secousses, pulsions, tremblements... L’écriture chorégraphique aura pour objectif de composer une dramaturgie du corps qui s’appuie sur le mouvement des articulations, des impulsions musculaires, des tensions nerveuses, de la sensation aux états physiques, des saisissements à l’émotion.

ScÉ nographie
La pièce débute alors qu’Ulysse, attaché à une corde, est extirpé des eaux noires du fleuve grâce à l’indulgence de Charon, le passeur entre les deux rives. Le seul élément de décor est ce cordage d’amarrage d’un diamètre important. Le corps d’Ulysse est méconnaissable tant il est ficelé au cordage dont l’extrémité se perd dans les hauteurs obscurs du lointain et qui, à un moment donné se détache de son point de fixation pour échouer sur le plateau. Il devient alors un objet protéiforme dont les symboles évoluent au gré des actions.

L’action de la pièce se passe dans le royaume des morts - un lieu immatériel et intemporel. Serait-ce un endroit où, à contrario des clichés de l’Enfer obscurs,  il y a une densité de la lumière, jusqu’à faire perdre toute consistance aux limites, toute perspective, où la visibilité de la chair en souffrance est exposée aux feux des lampes ? Ce qui est sûrs, comme le dit Euméos, c’est un environnement qui « n’a pas de coin », ou d’angle où se poser, autrement dit, c’est un lieu de passage à sens unique qui échappe à tout fondement rationnel. La scénographie sera donc élaborée à partir des lumières afin d’isoler les corps, de créer une sensation de vide comme si les personnages était en suspension dans un trou de lumière.




Le Rêve

d’Etienne


Ecriture et mise en scène
Benoit Théberge
Interprétation 
Marie Delmas et Benoit Théberge
Assistante à la mise en scène
Marie Delmas 
Lumière 
Philippe Lacombe
Dramaturgie
En cours de distribution
Résidence de création
au Sokhamon à Dakar
Production Compagnie O


Étienne Decroux a consacré toute sa vie à la conception d’un théâtre physique. Un de ses anciens élèves, l’auteur et metteur en scène Benoit Théberge, puise son inspiration, pour son prochain spectacle, dans son itinéraire personnel et les piliers de sa démarche pour composer une histoire toute en sensibilité autour de cette figure majeure de l’art dramatique. Ainsi, Le Rêve d’Étienne s’incarne à partir d’un journal de bord d’un acteur, autant de fragments qui restituent les temps forts de cette quête artistique mais aussi profondément humaine. Vibrant hommage à l’homme créateur que fut Decroux, cette création est donc aussi un passionnant témoignage sur l’évolution actuelle du théâtre.

Origine du projet
Étienne Decroux (1898-1991), acteur, metteur en scène et créateur du mime corporel, est l’une des grandes figures du XXIe siècle qui a marqué de son empreinte toute une génération d’artistes (Jean-Louis Barrault, Grotowski, Bob Wilson...). Il s’est associé dans un premier temps avec Jean-Louis Barrault pour élaborer un art du mouvement propre à l’acteur, mais c’est surtout en solitaire, puis au sein de son école qu’il crée les fondements d’un nouveau théâtre.
Une démarche vouée à la conception d’un théâtre du corps, du mouvement mais dont l’ambition à long terme était de réincorporer la langue dans le processus de création : « Je mourrai jeune au pied du grand projet », déclare-t-il dans son livre Parole sur le mime. Il pressentait alors qu’il était encore dans la force de l’âge, qu’il n’aurait pas assez d’une vie pour achever son œuvre.

Benoit Théberge a commencé à apprendre le mime corporel en 1977 dans les sous-sols d’une église à l’ouest de Montréal. Deux acteurs de la compagnie Omnibus, dirigée par Denise Boulanger et Jean Asselin (anciens assistants de Decroux), y donnaient des cours réguliers. Ces deux excellents pédagogues lui ont fait découvrir la richesse et la complexité de cette technique et l’ont encouragé à poursuivre ses études à l’École d’Étienne Decroux, à Paris.

Doté d’une solide formation de base, il fut admis rapidement dans sa classe supérieure. Ces années de pratique et d’études auprès du maître ont été intenses sur l’apprentissage de cette langue du corps. Elles ont été aussi fructueuses sur le plan de la compréhension du mime corporel, car la genèse de l’art decrousien s’appuie sur une critique sévère du théâtre occidental, critique essentielle pour saisir la radicalité de sa conception du jeu d’acteur.

Un soir, à la sortie des cours, le maître a invité son élève dans le salon de sa maison à Boulogne Billancourt pour lire des textes de Corneille. Longtemps, Benoit Théberge s’est demandé pourquoi Decroux avait voulu partager avec lui sa passion pour la littérature. Avait-il pressenti que l’élève appliqué, voir perfectionniste qu’il était, avait pour projet, non pas de devenir un mime professionnel, mais d’apporter sa pierre à l’édifice de ce théâtre de l’avenir ? « Faire confiance aux intuitions, c’est dans ma nature, alors j’aime imaginer qu’il avait perçu en moi la volonté de poursuivre son œuvre, cela étant dit, et heureusement, il y a d'autres anciens élèves qui poursuivent ce chemin », témoigne-t-il.

Decroux voyait le mime corporel comme une étape essentielle dans la construction de l’art de l’acteur, mais comme il le dit dans Parole sur le mime, un jour des auteurs s’intéresseront peut-être à cet art du théâtre et produiront des histoires en s’appuyant essentiellement sur la créativité de l’acteur. Mais fallait-il encore que le mime corporel trouve la juste « voie » pour se mettre à parler !

Le Rêve d’Étienne évoque, sous forme poétique, cette quête artistique pour mettre en lumière la radicalité de sa démarche souvent méconnue ou mal comprise.
Le spectacle s’apparente à un journal de bord d’un acteur decrousien qui restitue les différentes phases d’évolution de sa pratique du jeu et ses interrogations sur le devenir de son art. De la genèse d’un corps, nous assistons à l’émergence du langage corporel, puis à la naissance de la parole. Le texte est une mosaïque d’extraits de texte de grands classiques, mais aussi de poésies contemporaines.

Tout en fragments, le récit s’appuie sur le jeu des contrastes, entre quotidien et rêve, doutes et convictions, détachement et passion. Toutefois, loin d’être abstraite, l’écriture est enracinée dans le réel, adossée au plaisir des sens et à la force du geste. Puisant son inspiration dans l’espace d’un itinéraire personnel, l’auteur metteur en scène, Benoit Théberge compose une dramaturgie du corps qui relie l’intime à l’universel, qui crée des ponts entre la réalité et la mythologie.

Démarches
Le langage élaboré par Decroux est une mécanique de précision dans la mise en mouvement du corps et l’interprétation d’une action dramatique ou d’une émotion. Ses interprètes n’acquièrent leur pleine maturité qu’au terme d’un long entraînement comparable à celle d’un danseur de haut niveau. Cet art, dont l’unique moyen d’expression est le corps de l’acteur, est en soi une réponse concrète et pragmatique à ceux qui ont remis en question le théâtre conventionnel, en particulier Antonin Artaud et son Théâtre de la Cruauté, qui percevait l’acteur comme un « athlète affectif ».

Intéressé par cette démarche, Benoit Théberge a décroché une bourse du Conseil des Arts du Canada afin de poursuivre ses études à l’École Decroux. Parallèlement, il a rejoint le groupe d’une vingtaine d’élèves multiculturels qui suivaient les cours d’Yves Lebreton, aussi ancien élève, mais d’une ancienne génération. Autre voie royale pour explorer la liberté dans l’introspection du corps et de sa richesse intérieure.

Yves Lebreton s’inscrit effectivement dans la continuité de la recherche de Decroux, mais son approche marque un tournant dans l’évolution du mime corporel, dans la mesure où l’expression vocale, est omniprésente dans sa pédagogie. Celle-ci est déterminante car elle ouvre une perspective quant au retour de l’interprétation du texte.
Son enseignement est un travail en profondeur sur le processus organique du mouvement, les différentes énergies, le corps-pensée, le dialogue corporel et les improvisations. Sa pratique du jeu d’acteur relie de manière organique les éléments structurels du mime corporel aux forces vives et imaginaire de l’acteur.

« Après avoir franchi l’océan Atlantique pour étudier le mime corporel en France, il me fallait désormais traverser l’océan intérieur pour tracer mon propre chemin. Au cours de 35 années de création, de recherche et d’enseignement, j’ai donc eu à cœur de poursuivre le rêve de mon maître, en développant le concept de la dramaturgie du corps, qui relie le mouvement au verbe. Cette pièce rend hommage à l’homme créateur, mais elle est aussi aussi un témoignage sur son œuvre », explique BT.

P      r      e      s      s       e


Liste non exhaustive

Les trois coups – Le journal du spectacle vivant, 5 novembre 2014
« D’amour déluge », de Marie Delmas et Benoît Théberge, Théâtre Eurydice à Plaisir

Odyssées amoureuses 

Entre théâtre et danse, « D’amour déluge » traite du mystère de l’amour. Une plongée dans les abysses de la passion, sa complexité, ses contradictions, et une vision lumineuse de ses dépassements. Sublime et inspiré !
Peut-on s’aimer au-delà du raisonnable ? D’amour déluge met en scène le couple dans tous ses états, depuis l’euphorie de la rencontre jusqu’à la déchirure de la séparation, en passant par la névrose conjugale ou la routine du quotidien. Cette immersion dans les profondeurs de la passion rend compte du trouble de la chair, donne corps aux rêves les plus débridés, témoigne aussi de ce qui reste après la fusion : le déluge. Loin d’être idyllique, cette vision est lucide sur la réalité, où aimer s’apparente plutôt à un combat (contre l’autre et contre ses peurs), à une résistance de tous les instants. Éclats d’une vie. Paradis artificiel.
Depuis la création de sa compagnie, Benoît Théberge mène une recherche exigeante sur le langage physique et le jeu d’acteur, ainsi que sur la danse contemporaine. Le désir d’écrire en duo avec Marie Delmas, actrice de la plupart de ses spectacles depuis 2002, est le fruit d’une intense collaboration artistique. Après Nous ne sommes pas séparés inspiré de la poésie d’Henry Bauchau, leur dernier opus met à nouveau en scène des corps dans des compositions oniriques. Mais cette fois-ci les mots appartiennent à un langage imaginaire, une langue venue du fond des âges. Ces auteurs ont inventé un ensemble de phonèmes hybrides. Toutefois, loin d’être abstraite, la pièce nous parle, car elle est enracinée dans le réel, adossée au plaisir des sens. Surtout, elle atteint ainsi une certaine universalité.

Récits immémoriaux

Puisant leur inspiration dans les mythes d’Adam et Ève ou de Pyrrha et Deucalion, Marie Delmas et Benoît Théberge détournent des lieux de culte et de mémoire pour en faire leur terrain de jeu, où se croisent Centaure, putain fabuleuse, amant délaissé, femme fécondée. Éros n’est pas loin. Les vibrations de Vénus parviennent jusqu’à nous. Mais où sommes-nous ? Pas au septième ciel ! Aux confins de la vie et de la mort, cette incessante quête d’amour semble asservie à une volonté supérieure énigmatique. Comme si la spiritualité était le seul rempart à la solitude. À moins que la solution ne soit dans le chant céleste de la maternité…
D’histoires millénaires découlent de nouveaux rites. Tout en fragments, entre genèse et fin du monde, noce divine et fête païenne, scène de copulation et de ménage, Marie Delmas et Benoît Théberge inventent leur propre mythologie. Leurs personnages traversent les espaces-temps, mais ces ultimes rendez-vous avec l’amour appartiennent bien à notre époque. Ici et maintenant. Entre attraction et répulsion, le spectateur est mis au défi de cette forme déroutante et fascinante à la fois où les corps se dénudent sans pudeur, où les âmes dansent sous nos yeux ébahis. Force des émotions. Expérience vivifiante.

De vibrantes incarnations

Ce que le théâtre dit ici, il le dit avec des mouvements, des silences et des non-dits. Autant de signaux d’une réalité complexe que seules les trajectoires humaines peuvent raconter. Ça pulse, ça palpite, sur le plateau. Quelle qualité de mouvement ! Au cœur de leur sujet, les interprètes saisissent à bras le corps le mystère de l’amour. Amour charnel ou sublimé, frontal ou renversant, la rencontre avec l’autre dérive vers des continents sensoriels rarement si bien explorés. Rendant la scène incandescente de leurs ébats, ils laissent des traces bien au-delà de leurs corps tantôt caressés, tantôt malmenés. D’emblée, ce qui frappe dans le travail de la compagnie 0, c’est effectivement la sensualité : les corps sculpturaux, les formes pleines ou creuses, le grain de la peau, une larme de poésie sur un sein…
Les scènes qui prennent aux tripes alternent avec des tableaux à la beauté sauvage où terre, eau, air, feu – évidemment – réenchantent le monde. Transportés ! Le mot est faible. Dans cet espace traversé de sons et d’images, le montage musical (Vivaldi, Arvo Pärt, Brian Eno, Takashi Kako, The Doors…) contribue aussi pour beaucoup à la qualité du voyage : extraordinaire que le Requiem de Mozart remixé avec Pump up the Jam de Technotronic !
Mieux qu’à Gif-sur-Yvette ou Jouy-en-Josas, Plaisir était une ville prédestinée pour recevoir D’amour déluge. Surtout, le Théâtre Eurydice a su prendre les risques de la création. L’accueil chaleureux réservé à cette première est de très bon augure pour la suite. Ce magnifique spectacle mérite de rencontrer un vaste public. 
Léna Martinelli

Les trois coups.com

Henry Bauchau (1913-1912) : un passeur d’espérance presque centenaire
Le metteur en scène Benoît Théberge, qui lui a consacré près de dix ans, a bien mis en valeur la puissance de cette œuvre. C’est à ce jour le seul à avoir éprouvé l’écriture de Bauchau, jusque dans sa chair, en créant quatre spectacles. Il a monté la pièce Prométhée enchaîné, adapté pour la scène Le cri d’Antigone, ensuite effectué un montage de poèmes et d’extraits de journaux (Nous ne sommes pas séparés), puis enfin créé la Sourde Oreille ou le Rêve de Freud. 
C’est précisément des passages de ces deux derniers spectacles qui ont été présentés à la Maison de la poésie, avec la comédienne Marie Delmas lisant Mandala pour un poème, un habile télescopage de sons et de sens, une fête païenne et sauvage qui jaillit en toute liberté dans un souffle. Benoît Théberge, quant à lui, a incarné l’écrivain, personnage principal de son plus long poème, le plus personnel aussi. Une traversée de l’intime et de ses étrangetés, à l’écoute de « la voie intérieure », qui donna merveilleusement à entendre la voix de Bauchau. Tout en profondeur. Avec pudeur. 
Léna Martinelli 

Evene   

Un mur à deux côtés qui fait office de rocher auquel Prométhée n’est pas enchaîné. Tel est le parti pris de Benoit Théberge dans sa très belle mise en scène de l’adaptation nouvelle d’Henry Bauchau du Prométhée enchaîné d’Eschyle. La performance physique des acteurs suspendus à ce mur éblouit autant qu’elle impressionne. Benoît Théberge et ses comédiens ont reçu une formation de danseurs et cela se voit. La danse “animale” du personnage d’Io, jetée dans une errance perpétuelle et transformée en génisse par Zeus après avoir été abusée par ce dernier est à cet égard exemplaire et fascine par sa violence. On renoue ici avec les origines de la tragédie grecque qui mêlait chant et danse. Une fois la lumière éteinte, le spectateur ne peut qu’être saisi par cette adaptation moderne et chorégraphiée du mythe, qui donne à voir et à entendre la révolte d’un titan face à l’absolutisme de Zeus. 
Laurence de Bourbon

Evene, rétrospective 2006

Coup de tête dans la culture. Prométhée enchaînée  au Théâtre du Lierre ont fait partie de ce qu’il ne fallait pas manquer cette année. 
Mikaël Demets

Mouvement.net

Ce spectacle, Nous ne sommes pas séparés a été l’un des temps fort du festival belge « Scènes à Seneffe », en Wallonie. (…) De son dernier recueil de poésie, Benoit Théberge extrait des poèmes flamboyants et des images fulgurantes que la scénographie met en valeur. (…)  Le travail dramaturgique   est  remarquable.  Quoi  de   plus juste  que présence du corps pour témoigner de l’absence ? (…) La matière palpite sur le plateau. Benoit Théberge nous donne à voir et à entendre le grain des mots. (…) Les images sont raffinées et l’approche infiniment sensible. (…)     le quotidien  côtoie le fantastique. C'est  dans  cet écart que le metteur en scène lit le réel de l’auteur, jouant avec subtilité de la tension onirique entre la gravité du propos et la virtuosité stylistique, la légèreté d’une situation et la pureté de sa poésie.
Benoit Théberge effectue une traversée du miroir qui touche en plein cœur. La forme audacieuse de ce spectacle permet au public de vivre une réelle expérience esthétique dans un espace traversé de sons et d’images. (…) Balisant les chemins qui mènent à cet auteur rare, le metteur en scène extrait toute la quintessence de son œuvre. Grâce aux mots portés par la voix, le verbe se fait chair. Et dans un monde transfiguré par l’acte poétique, l’énigme de la vie s’en trouve éclairée. Ici-bas. Tout d’ombres et de lumières.
Lena Missen

France Culture « Les vivants et les dieux »
Hormis la nudité, on est frappé par les accents mythiques de l’œuvre de Bauchau. 
Michel Cazenave

Froggydelight.com

Avec Nous ne sommes pas séparés, spectacle très exigeant et très maîtrisé, Benoit Théberge livre sans doute une clé pour aborder l'œuvre complexe qu'est la prose introspective et la poésie de l'espérance d'Henry Bauchau. Acteur et metteur en scène prônant la théorie de l’acteur organique, il opte pour une mise en espace singulière d’une intensité bouleversante et d’un esthétisme lumineux. A la parole, véhicule de l’écrit, il adjoint la dramaturgie du corps qui développe la quintessence du sens. 
M.M.

Le Point 

A partir du Journal et des poèmes d’Henry Bauchau, Benoit Théberge met en scène et interprète avec Marie Delmas un couple dont le dialogue se poursuit au-delà de la mort de la femme, à travers l’exploration des rêves et de l’inconscient du poète.
Valérie Marin La Meslée

Remue.net

Pas de complaisance. Un respect certain, une distance plongée dans l’inconscient rythment ce texte sensuel et mystique, essentiel. C’est par la danse que Benoit Théberge a choisi de mettre en scène ce texte important, mélanges de poèmes et de romans. 
Et quoi de mieux que la danse des mots pouvait évoquer le silence de l’absence ?
Constance Krebs

Froggydelight.com

La mise en scène intelligente, épurée et éclairée de Benoit Théberge, la superbe scénographie de Renaud de Fontainieu et les lumières de Philippe Lacombe assurent à l'œuvre d’Henry Bauchau une magnifique et exigeante transposition théâtrale. Grâce à son interprétation tout en finesse, Julie Deliquet est en symbiose exceptionnelle avec le texte, un texte éblouissant de limpidité et de profondeur. Marie Delmas transcende le personnage d'Antigone en la magnifiant dans une incarnation vibrante, donnant du corps au verbe (au sens premier du terme). Un corps de femme qui aime, qui souffre, qui lutte et qui danse. Un corps à la dramaturgie exceptionnelle. Incontestablement, voilà des talents qui portent le spectacle.
M.M.

Ouest France
Un an de travail collectif avec 30 jeunes artistes sous la férule du metteur en scène Benoit Théberge, pour une création « Terra incognita ». Il est indéniable que ce spectacle est le fruit d’une réflexion longue et intense… Par un savant mélange de cultures modernes et ancestrales… comment ne pas être touché par la gestuelle des danseurs, qui s’éveillent, par l’énergie des chants sortant de terre, la rythmique des djembés, la sensualité des lumières.

Journal régional Nantes-Poissy

Kafka m’a dit, superbe et ambitieux. De ce type de spectacle on ne sort pas accablé, mais bien au contraire décidé à demeurer vigilant sur sa propre vérité et ce que Kafka m’a dit, le spectateur s’en souviendra.

Les Saisons de la danse

Les trois veilleuses de Pessoa, qui nous plongent dans le monde ténébreux des âmes oscillent entre ce qui est la vie, ce qui ne l’est plus et ce qui est en passe d’atteindre l’au-delà. Le rythme, une mélopée lente des corps, leur accordent une suspension constante.
E.D.

Paris Nord - Est

Un « Quai Ouest » noir et poignant. Koltès nous dit que l’espoir est dans les mots seuls, la communication, l’affrontement dynamique. Quai Ouest résume tous les lieux. Il est le théâtre du monde. Théberge conduit avec sensibilité et force cette pièce sans concession, joué par d’excellents comédiens.
Philippe Thireau

Külnische Rundschau (Cologne)

Dans Ecchymoses, les personnages font leurs adieux au territoire et tant que demeure l’espoir d’y trouver encore quelque chose de réconfortant, ils s’accordent à leurs rêves encore vivants dans leur mémoire et cela devient tragique. Cet état d’esprit m’a évoqué En attendant Godot de Beckett. Les acteurs signent ici une interprétation riche autant sur le plan de l’expression du corps que du jeu d’acteur.
Elke Schneider

Radio France (Vaucluse)

A la fois drôle et expérimental, Tilt explore de nouvelles contrées à la recherche de grincements ignorés de rires et de sourires. Tilt est un spectacle à voir pour vérifier que l’expérimental peut être humoristique.
Michel Flandrin

La Croix

Une drôle d’Espèce avec ses habitudes hors de notre temps et quelques-uns de nos tics d’humains. Dans un décor de fresques bistrées, les deux Jacques partent à la conquête de l’unique Lyne, et l’on s’attache à ses personnages drolatiques.
P.- M. D

De Volkskrant (Amsterdam)

La force de leur théâtre réside dans les scènes poétiques où rayonne un sens de l’humour très subtil.
Hanny Alkema

Dziennik Baltychi (Pologne)

Les acteurs du Zéro Théâtre montrent une rare aisance corporelle et une compréhension approfondie du jeu de l’acteur. C’est Benoit Théberge qui m’a le plus impressionné en raison de sa haute faculté de comique; il m’a évoqué le grand mime français Barrault.
A.J.

Kartner Tageszeitung (Autriche)

Le jeu des comédiens, les images, l’humour, à tous les instants le public était enthousiasmé.
Adolf Lex

Hamburger Rundschau (RFA)

La créativité ressemble à l’illusion, et pourtant un langage a été trouvé.
Hilke Holinka

Frankfurter Rundschau (RFA)

Des acteurs dont le jeu s’appuie sur une maîtrise parfaite du corps et sur un sens subtil de l’observation